LES ERREURS DE REEDUCATION

Je suis amené régulièrement à répondre à des personnes sortant déçues des résultats de plusieurs mois de rééducation par orthophoniste. Quantitativement, bien entendu, c'est très peu comparé aux millions d'actes que peuvent faire les quelques dix mille orthophonistes français.D'autre part, nombre d'orthophonistes sont saturés de travail autre que la rééducation de la voix. Rares même sont ceux qui s'y intéressent réellement, alors qu'ils sont cdonsiderés par le corps médical comme le seul partenaire de rééducation.

J'observe pourtant chez mes interlocuteurs rééduqués des composantes constantes qui m'amènent à avancer plusieurs hypothèses :

C'est à partir d'un diagnostic erroné et donc sur des prescriptions imprécises sinon hors sujet que certains des patients auraient été amenés à subir des actes de rééducation inadaptés. Ils constatent même se retrouver dans la situation de dysfonctionnement pour lequel ils avaient consulté ! ! !"

On aurait soigné la conséquence, et pas la cause. Il semble que le fondamental usuel (F.U. note sur laquelle le patient parle habituellement) qu'observe le praticien soit souvent pris pour acquis dans le cas de mes interlocuteurs. Or cette note sur laquelle le patient parle (mal) peut être non spontanée, et dans certains cas avoir été " choisie " par le patient. Et c'est le choix de cette note l'origine du trouble fonctionnel.

Un exemple : -De très nombreuses Antillaises, notamment " en commune ", parlent sur un FU en dessous de leur tessiture normale, et très en dessous des observations des professeurs Le Huche, Cornut ou Amy de la Bretèque dans leurs livres. En conséquence, nombreuses sont celles qui ont des difficultés vocales.

- La raison de cette situation ? C'est madame Edda Pierre, mère de notre cantatrice internationale et ancien professeur de chant qui me l'a expliquée : les femmes sont presque toutes " chef de famille ", les pères étant soit partis, soit multiples, soit ailleurs. Et c'est donc, pensent elles, à elles de représenter l'autorité par une voix " mâle ". Dès la cour de l'école, elles recherchent la voix grave de poitrine idéale, et se moquent de celle qui n'y parvient pas. Les images idéales de Celine Dion, Lara Fabian ou Edith Piaf toutes chanteuses en voix de poitrine, vont dans ce sens.

En conséquence, se fier au FU de ces femmes pour les rééduquer serait un leurre. Il conviendra d'amener celles dont le larynx ne peut supporter un tel fonctionnement éloigné de leur véritable tessiture, à accepter "socialement" de changer la hauteur de leur voix. Et alors, tout se remettra en place naturellement.

Il existe le même phénomène ailleurs et notamment pour certains hommes. Les chorales disent manquer de ténors. Ce serait une erreur de croire qu'ils n'existent pas. Etre ténor ne se décide pas mais se constate. Dans les pupitres de basses il y a de nombreux ténors qui s'ignorent.

Dans la voix parlée, l'erreur est identique. Rares sont les ténors qui acceptent leur voix conversationnelle. Dès l'adolescence, ils cherchent donc à la descendre et parlent le plus grave possible. Leur voix peut faire rire les copains et, pensent ils, fuir les filles. Ils recherchent une voix plus mâle, à leurs yeux plu grave. Projeter sa voix hors tessiture est générateur de forçage.Il y a une différence énorme entre les possibilités de projection à forte intensité sur le haut médium et celles du FU. Le forçage mène au dysfonctionnement. Si le praticien admet ce FU sur lequel son patient lui parle comme normal, le diagnostic sera erroné, et la rééducation de l'orthophoniste inadaptée.

Les corps médical en général et les orthophonistes en particulier ne devrait pas s'exonérer, à mon avis, de chercher la tessiture totale du patient pour classer le F.U. apparent comme dans la norme ou hors norme. Il faut dire que si le praticien s'appuie pour ce faire sur les certaines affirmations trouvées dans les livres de médecine, il n'est pas sorti de ses erreurs!…! ! .

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