L'ENSEIGNANT ET L'ORTHOPHONISTE

Bien des enseignants ont la voix fragile. Cette affirmation n'est pas nouvelle, et chaque rentrée scolaire la réactualise. Nombreux sont ceux qui retrouvent dès le mois de septembre le fameux petit picotement dans la gorge, annonciateur d'une journée difficile et d'une soirée dans la douleur. En était-il de même il y a 50 ans ? A priori non, du moins pas autant, pas à ce point. Pourquoi ?

Il est instructif de chercher à comprendre ce qui a évolué ou changé dans la profession. L'étude réalisée il y a quelques années par le CHU de Montpellier pour le Rectorat n'a pas abordé ce sujet. L'article dans la revue Valeurs Mutualistes non plus. Le journaliste, confondant forçage de la voix et pratique à forte intensité préconisait le contraire de ce qu'il faudrait : Il proposait aux enseignants d'économiser leur voix et de ne plus chanter en chorale. Erreur ! Plus un maçon se sert de ses biceps pour porter des sacs de ciment ou manier la pioche, et plus il en est capable. Plus un forain sur son stand, un avocat au Palais ou un maître nageur en piscine utilisent (bien) leur voix, et plus ils peuvent s'en servir. Le tout est de bien s'en servir. En conséquence, plus un enseignant utilise bien sa voix , même à forte intensité, et plus il est tonique et loin de l'enrouement. Certains en sont les exemples enviés de leurs collègues. Dans la même classe, le même établissement, les mêmes circonstances, tel enseignant sort de sa classe avec une voix tonitruante, alors que son collègue est enroué. Cela prouve donc que ce n'est pas une maladie rofessionnelle, mais une inadaptation de certains à l'exercice de cette profession.

L'utilisation de la voix n'est plus la même aujourd'hui. Le niveau sonore ambiant dans les villes, dans les établissements et dans les classes a changé. Il s'est élevé. Le bruit est devenu une agression permanente. Crier en ville, dans l'autobus ou dans son jardin est devenu incorrect, banni et on ne sait plus le faire (Les bergers de montagne n'ont pas ce problème).

Les locaux modernes n'ont pas l'épaisseur de murs des établissements d'avant guerre. Leur niveau sonore a monté.

De ce fait, l'enseignant devrait modifier le fonctionnement de sa voix. S'il ne le fait pas bien, il n'est pas entendu. Il va donc hausser le ton et, bien souvent malheureusement, éclaircir son timbre, "blanchir sa voix " comme on dit. Il entrera alors dans le processus de déséquilibre de fonctionnement de son larynx à forte intensité. L'enrouement est inéluctable, et l'aphonie ou les blessures pour bientôt.

Que faire ?

Comprendre pour pouvoir apprendre. Comprendre d'abord comment fonctionne une voix "a forte intensité ". Comprendre qu'il est inutile de chercher à parler plus fort pour être entendu. Mettre à fond le volume d'un mauvais poste autoradio ne donnera jamais un résultat de Hi-Fi. Il faut chercher la qualité de son timbre. Et puis on ne doit pas prononcer de la même manière, ni sur la même note, au téléphone pour une personne ou dans un amphi pour 50 ou plus. L'utilisation de la voix à forte intensité s'approche du domaine du chant, et il n'est pas étonnant que les toulousains ou basques à la voix " chantante " n'aient pas ou peu de problèmes de voix. Les chanteurs lyriques connaissent bien ce geste, et les chanteurs étrangers savent choisir entre bien chanter ou bien prononcer le français. Il suffit de les écouter. Ce n'est pas sans raison que l'on comprend mal ce qu'ils disent : c'est parce qu'ils chantent bien.

Les enseignants ne maîtrisent pas au départ cette technique. S'adresser aux médecins, fussent ils spécialistes de la voix (ORL, Phoniatres) n'est pas la panacée : le médecin soigne le larynx, il ne forme pas. Ceci expliquerait que des enseignants en difficulté aient pu suivre le circuit "médecin généraliste, spécialiste O.R.L., phoniatre, chirurgie, orthophoniste " et rechuter avec désespoir. On a soigné les conséquences et non les causes, et on n'a pas adapté l'organe aux fonctions demandées.

 

La solution est donc chez l'enseignant lui même qui accepte de se former, ou chez l'orthophoniste qui a poursuivi sa formation de base par des stages appropriés. Il s'agit pour ce praticien, notamment dans l'interrogatoire de son bilan, de remonter " avant " les dysfonctionnements pour amener à la surface du conscient les causes internes, externes, occasionnelles ou permanentes qui ont généré l'entrée en forçage vocal.

Il fera prendre conscience au patient des pièges de sa profession, des locaux où il exerce, de sa propre morphologie (bouche trop grande, menton prognate, mauvais port de tête). Il lui " placera " le timbre dans les bons résonateurs et l'amènera à une voix tonique, résistante, capable d'autant d'efforts que les mollets du sportif amateur. La rééducation sera alors devenue " fiable ". Ce n'est pas très difficile, mais requiert de s'en occuper tous les matins 5 minutes dans la première heure du réveil.